Quant à Rzepin, je ne peux rien dire sur son histoire, je sais juste que notre locomotive est partie sans nous et que le temps qu’une autre locomotive arrive, une locomotive avec un seul phare qui marche, quatre types jouaient au frisbee sur le quai et se sont bien marré. Evidemment un quai de gare, ce n’est pas assez large pour jouer au frisbee, et le frisbee n’arrêtait pas d’aller sur les voies, donc les joueurs aussi.
Après cette longue introduction j’en viens au sujet principal : le week-end dernier. Comme chacun sait il y eut un mur à Berlin, et comme nettement moins de gens savent ce mur ne séparait pas seulement Berlin-ouest de Berlin-est, mais Berlin-ouest de l’ex-Allemagne de l’est (RDA), c’est-à-dire qu’il faisait le tour de Berlin-ouest. A part quelques bouts de mur restés en souvenir (plus précisément, d’abord enlevés dans l’euphorie puis remis contre l’oubli), il ne reste plus qu’une bande de verdure entre les maisons à la place du « no man land ». [Petite parenthèse entre crochets : je ne suis plus à Rzepin en Pologne mais à Francfort/Oder, la ville frontière en Allemagne, et notre train est de nouveau arrêté depuis longtemps, et on nous dit qu’il roulera à vitesse limitée vers Berlin parce que les caténaires ont été volées ! Du coup on rechange de locomotive pour une diesel. Pourvu qu’ils en trouvent une avec deux phares en état de marche. Ah, quelle aventure...]
Depuis quelques années, une piste cyclable a été aménagée dans le « trou ». Le mur faisait environ 160 km de long, et la piste cyclable, qui ne peut pas exactement suivre le mur parce que le mur n’était pas toujours un mur, car parfois un lac ou une rivière faisait la séparation, fait 190 km. On a donc décidé de partir de la Potsdamer Platz, une place qui était vide au moment de la réunification et sur laquelle les gratte-ciel ont depuis poussé comme des champignons, en direction du Nord, et de faire le tour en deux jours.

Le début du tour slalome dans les rues, d’abord le long des classiques touristiques (mémorial de l’holocauste, porte de Brandenbourg, parlement, quartier du gouvernement), puis dans des quartiers plus résidentiels. Plus on va vers le nord, plus il y a de parcs et de verdure et moins il y a de touristes. On croise quelques quartiers d’immeubles, puis de plus en plus de lotissements de maisons individuelles. Beaucoup de gens quittent le centre-ville quand ils commencent à se reproduire pour déménager au vert à la périphérie. A un virage on a fait une courte pause en haut d’une colline qui m’a fait dire « mince, on s’est perdu ! Nous voilà en Suisse ! ». Après quelques inattendues montées et descentes dans le parc national du Barnim on a traversé une forêt, puis longé un long lac avec des longues plages en herbe, et là paf, j'ai crevé. La cause de la crevaison n'a pas été difficile à trouver: un énorme clou planté dans le pneu!

Après avoir réparé avec l'aide de la pompe d'un passant, on a retraversé des forêts avant de faire un détour pour aller manger une glace à Spandau, à côté d’une station de métro de la ligne U7, celle qui mène chez moi. Je ne sais pas qui avait mis tout d’un coup cette station de métro sur le trajet de notre sortie de vélo, en tous cas ça n’allait pas du tout avec les belles forêts qu’on venait de traverser !! Puis on a retraversé des forêts, longé des lacs jusqu’à un point pas spécialement différent des autres où Andreas a poussé un cri du coeur : « Eh, ici était la frontière de Berlin-ouest avant !! » (sans blague !! C’était mon moment préféré du week-end).
On a voulu prendre un ferry pour traverser un lac qui n’avait pas de pont mais en fait non, on a relongé des lacs jusqu’à notre pension, une mignonne maison au bord d’un lac avec une dame un peu folle et très gentille qui nous a demandé mille fois à quelle heure on voulait déjeuner et si on buvait du thé ou du café. Le lendemain matin on était un peu en retard pour le petit déjeuner alors elle a débarqué dans notre chambre. Rigolo. On a déjeuné directement sur l’eau sur un ponton, un vrai petit déjeuner de sportifs avec des tas de trucs bons, en particulier LE toast est-allemand, appelé Karlsbader Schnitt et fait d'une tranche de pain de mie avec des morceaux de pêche au sirop, une tranche de jambon (pour moi sans le jambon) et du fromage gratiné, sur lequel on rajoute une sauce appelée Worcestershire Sauce. Cela montre le principal point commun entre la cuisine est-allemande et l'internationale cuisine étudiante: on fait avec ce qu'on a!

Le dimanche matin on a traversé les parcs et admiré des châteaux de la ville de Potsdam. On avait oublié qu’une course à pied avait lieu le même jour donc on s’est retrouvé coincés sur un pont parmi quelques milliers de coureurs (ok, j’exagère peut-être un peu). Puis on a vu des villas surdimensionnées, avant de longues lignes droites au sud de la ville. A cet endroit, il n’y avait pas de maisons du côté RDA, ce qui fait qu’aujourd’hui la piste cyclable est la frontière entre la ville et les champs. La piste cyclable était une autoroute, on n’était pas les seuls à profiter du soleil radieux pour sortir les vélos. Il y avait plusieurs petites fêtes sur le chemin, des stands avec des gens qui vendaient leur miel et leur artisanat et d’autres qui buvaient des bières et mangeaient des saucisses. Après être passé tout près de l’aéroport de Schönefeld, on a mis le cap vers le nord, longé le canal de Teltow puis slalomé dans la ville (le mur ne prenait vraiment pas le chemin le plus court) avant de se retrouver au point de départ.
Vivement un deuxième tour !

